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« J’irai demain faire une petite prière à Notre-Dame de La Roche allant voir ma cousine de Contades », 1886

II arrive que certaines lettres, longtemps assoupies dans un fonds privé, se mettent soudain à parler comme si leur encre venait à peine de sécher. Celle que Valentine de Contades, duchesse de Chevreuse, écrit le 2 décembre 1886 à Madame Sigismond de Lévis-Mirepoix — la mère de Gaston de Lévis-Mirepoix (1844-1924), époux de Marie-Thérèse d’Hinnisdal (1844-1934) — et conservée aujourd’hui dans les archives du château de Tilloloy, près de Roye (Somme), est de celles qui restituent d’un seul élan tout un monde. Elle nous fait pénétrer dans l’univers mental de la haute aristocratie française à la fin du XIXᵉ siècle, un monde où les noms — Contades, Luynes, Lévis, Crillon — claquent encore comme des étendards au vent, et où se perpétuent les fidélités aux lieux de vie, aux morts et aux alliances, dans une certaine manière d’habiter le temps.

« Je n’ai appris que la veille de mon départ le séjour du comte de Chambord en Allemagne », 1858

Le 31 juillet 1858, Valentine d’Albert de Luynes (1824-1900), veuve du duc de Chevreuse, écrit depuis le château de Dampierre à sa parente et amie intime Juliette de Berton des Balbes de Crillon (1822-1900), épouse de Sigismond de Lévis-Mirepoix. Cette lettre, conservée dans les archives du château de Tilloloy (Somme), appartient à une correspondance suivie entre deux femmes de la plus haute aristocratie française, unies par une profonde amitié et une piété commune. Valentine, veuve depuis 1854 du duc de Chevreuse Honoré d’Albert de Luynes, mère de trois enfants (Charles, treize ans, Marie, quatorze ans, et Paul, six ans), vit dans l’ombre de son beau-père, le duc de Luynes (1802-1867), historien et archéologue réputé. Il participe jusqu’au coup d’état du 2 décembre 1851 à la vie politique du pays comme conseiller général de Seine-et-Oise et, de 1848 à 1851, comme député à l’Assemblée nationale et à l’Assemblée législative. Juliette appartient elle aussi à l’aristocratie la plus ancienne : les Crillon comptent parmi leurs ancêtres Crillon le Brave, compagnon d’armes d’Henri IV ; par son mariage, elle est entrée dans la maison de Lévis-Mirepoix, l’une des plus illustres de la noblesse d’épée française.

« Deux enfants au Ciel, que ne puis-je aller les rejoindre ? La terre est pour moi un tel lieu d’exil », 1871

Le 21 février 1871, Valentine de Contades, veuve d’Honoré d’Albert de Luynes, écrit depuis le château de Sablé-sur-Sarthe à son amie Juliette de Berton des Balbes de Crillon, épouse de Sigismond de Lévis-Mirepoix. Cette lettre se situe trois semaines après l’armistice du 28 janvier 1871 et moins de trois mois après la mort de Charles d’Albert de Luynes, fils de Valentine, tué à Loigny-la-Bataille le 2 décembre 1870. Les deux correspondantes, nées respectivement en 1824 et 1822, appartiennent à la haute aristocratie légitimiste et partagent une spiritualité ultramontaine caractéristique de leur époque. Ce document offre un témoignage sur les réseaux aristocratiques pendant la guerre franco-prussienne, sur les pratiques de dévotion féminine, et sur la manière dont l’aristocratie catholique mobilise une théologie de la Providence pour donner sens aux catastrophes personnelles et collectives. La lettre articule trois dimensions : les solidarités nobiliaires en temps de crise, l’élaboration d’un discours théologique sur le deuil, et la tension entre obligations sociales et aspiration à la vie contemplative.

« Et je demande à Dieu que votre cœur maternel n’éprouve jamais les brisements du mien », 1872

Le 9 février 1872, depuis Hyères où elle séjourne vraisemblablement à la villa Alberti construite pour le duc de Luynes (1802-1867), son beau-père, Valentine de Contades, duchesse de Chevreuse (1824-1900), adresse à sa grande amie Juliette de Berton des Balbes de Crillon (1822-1900), épouse de Sigismond de Lévis-Mirepoix, une lettre de félicitations à l’occasion des fiançailles du fils de cette dernière, Félix de Lévis-Mirepoix, avec Marthe Pruvost de Saulty. Cette lettre, conservée dans les archives privées du château de Tilloloy, appartient à une correspondance suivie entre deux femmes de la haute aristocratie française unies par une profonde amitié et une piété commune. Veuve depuis 1854 et doublement endeuillée par la mort de deux de ses trois enfants – Marie en 1865 et Charles en 1870 –, Valentine écrit dans l’urgence pour partager la joie matrimoniale de son amie, mais la brièveté même de cette lettre, interrompue par les contraintes du quotidien, laisse affleurer les strates complexes d’une subjectivité aristocratique façonnée par le deuil, la foi et les codes rigoureux de son milieu. 

« Ma petite Louise a la fièvre scarlatine, ce qui est pour moi un grand sujet d’inquiétude », 1871

Le 24 janvier 1871, la duchesse de Chevreuse née Valentine de Contades, écrit depuis son château de Sablé-sur-Sarthe à son amie Juliette de Berton des Balbes de Crillon, épouse de Sigismond de Lévis-Mirepoix. Cette lettre, rédigée quatre jours avant l’armistice qui mettra fin à la guerre franco-prussienne, saisit une famille de la haute noblesse française confrontée simultanément à la défaite militaire, au deuil familial et à la maladie. Valentine, veuve depuis 1854, vient de perdre son fils Charles à Loigny-la-Bataille le 2 décembre 1870. Son château de Sablé, transformé en hôpital de campagne, héberge vingt blessés du combat du Mans. Sa petite-fille Louise souffre de la scarlatine. Son fils Paul, blessé, a fui en Anjou pour échapper aux Prussiens. Dans ce contexte d’accumulation catastrophique, la lettre révèle bien davantage qu’une simple correspondance de consolation : elle donne à voir les structures mentales, les solidarités effectives et les stratégies d’adaptation d’une aristocratie qui mobilise ses ressources traditionnelles pour traverser la tourmente. Document de grand intérêt par sa densité affective et informative, cette lettre permet à l’historien d’analyser trois dimensions essentielles de la noblesse française au XIXe siècle : sa spiritualité intense qui transforme la souffrance en expérience mystique, son « économie » familiale (au sens étymologique du mot) fondée sur des solidarités lignagères étendues, et sa capacité à maintenir ses valeurs d’honneur tout en s’adaptant pragmatiquement aux réalités modernes.